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Témoignage
Il existe des chiens adaptés
aux enfants polyhandicapés. Je connais les chiens
guides d’aveugle et les chiens d’assistance
mais je n’avais alors jamais entendu
parler des chiens d’éveil.
Quatre centres sont habilités à
remettent gratuitement un chien d’éveil :
seulement soixante par an sont qui valent
13 000 euros chacun. Ils sont au préalable
sélectionnés chez des éleveurs dès leurs
deux mois, puis confiés à des familles d’accueil
qui vont les pré éduquer jusqu’à leurs
dix-huit mois. Ces familles se réunissent
alors tous les quinze jours avec un éducateur,
enseignant les ordres et vérifiant ainsi
les acquis. A dix-huit mois, ils partent dans
un des centres spécialisés pendant six
mois et doivent acquérir cinquante-trois
ordres ! La sélection est alors draconienne
: un tiers des chiens est recalé et seuls
les meilleurs sont labellisés ANECAH.
Au tout début de l’aventure, nous avons dû
remplir un dossier et joindre une lettre de
motivation. Marie-Claude est venue évaluer
nos besoins et étudier le cadre dans
lequel le chien serait accueilli. Elle nous a
expliqué la nouvelle vie avec Jeanne. Si
elle vient à glisser du canapé, si elle pleure
tandis que je suis dans une autre pièce.
Que le chien lui tiendra compagnie, lui servira
d’oreiller quand elle s’allongera, sera
un vecteur d’échange entre Jeanne et ses
frères. De plus, il permettra de changer le
regard des personnes face aux enfants
polyhandicapés : quelle fierté alors de se
promener avec un si bel animal !
En janvier, j’apprends que ma candidature
est retenue et suis attendue cinq mois plus
tard pour effectuer un stage de passation à Alençon.
La promotion est très hétéroclite
Pour nous aider et nous soutenir, quatre
bénévoles, dont deux aides-soignantes, se
chargent des toilettes, des soins et des
repas. Un grand MERCI à elles ; elles ont été formidables et attachantes.
Nos journées sont chargées. Au petit
matin, interrogation d’une heure, puis
apprentissage des ordres du jour. Vient
ensuite le travail avec les chiens après une
courte pause. L’après-midi est consacré à
des cours théoriques (morphologie, sychologie,
soin, maladie, vaccin…), puis à
nouveau le travail avec les chiens. A 18h,
nous décompressons, mangeons et… révisons
pour le lendemain. Les choses
sérieuses ont commencé le lundi. Trois éducateurs spécialisés nous ont alors présenté
nos futurs chiens : Argos, Brio,
Anouka, Ange, Brigand, Brice, Babel, Badiane…
des goldens retrievers, des labradors
sables et noirs.
Durant les trois premiers jours, nous avons
essayé une dizaine de chiens avec cinq
ordres de base. Chaque chien ayant sapersonnalité, il nous a fallu déterminer celui
qui conviendrait le mieux à chacun d’entre
nous, ou plutôt à Jeanne.
On me confie Badiane. La
chienne va tout de suite vers elle et lui
lèche le visage. Avec un spécialiste, on fait
allonger Badiane devant Jeanne, qui tend
son bras, ouvre sa main et la caresse. Je ne cherche pas plus loin : Badiane
est parfaite.
Le reste de la semaine, nous avons appris
les cinquante-trois ordres, communs à tous
les chiens qu’ils soient ’accompagnement,
d’éveil, ou d’assistance. J’ai été
surprise de voir avec quelle rapidité les
chiens s’attachent à leurs maîtres.
Arrive le vendredi et son examen final. Il
comporte une partie écrite d’une heure, et
un passage individuel devant deux jurés. Il
faut réaliser soi-même un projet qui intègre
tous les ordres appris. Avec Jeanne, nous
avons obtenu 40/40 en théorie et 19/20
en pratique. C’est la preuve que chacun
peut y arriver à condition de s’en donner
les moyens.
Une remise officielle devant élus, personnalités
locales, sponsors et parrains a été
organisée le samedi.
Cela fait plusieurs semaines que nous
sommes rentrés et Badiane s’est tout à fait
acclimatée à la pluie normande et développe avec Jeanne une extraordinaire complicité.
Pour plus de renseignements, contacter Céline MORISSE
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